Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Fantasy d'ici et d'ailleurs

Plaies et bosses en fantasy

16 Mars 2014 , Rédigé par Alex Evans

Plaies et bosses en fantasy

J’ai eu plusieurs fois la demande suivante :

« Mon héros a une blessure mortelle, mais pas immédiatement et doit parcourir une contrée hostile pendant plusieurs jours, justement, pour se faire soigner par un magicien/druide/guérisseur etc… Et en plus, je veux que ce soit MEDICALEMENT VRAISEMBLABLE ! Qu’est-ce que je lui mets ? »

La quadrature du cercle. Je pense que ce scénario à la Hollywood, avec toute son intensité dramatique, possiblement les grandes déclarations entre le héros et son copain/copine tentant de le porter etc… convaincra très bien vos lecteurs. Mais désolée, ça ne convaincra pas un chirurgien ayant exercé à Beyrouth/Mogadiscio/Sarajevo/Kaboul et autre endroit où ce genre de situation aurait pu survenir ces 20 dernières années…. En gros, si votre héros peut survivre PLUSIEURS JOURS et en plus dans un milieu hostile (voire en plus, sans boire), il n’a pas besoin des soins de votre druide/guérisseur etc. pour sauver sa peau. Peut-être sa blessure à la jambe va salement s’infecter, mais il ne peut le prédire. Il a peut-être un os cassé à réaligner, mais ce n’est plus une question de vie ou de mort. D’ailleurs, dans la vraie vie, s’il surgit chez le druide/guérisseur/médecin etc à Kaboul/Mogadiscio etc…., celui-ci lui dira de revenir le voir le lendemain à sa consultation et retournera opérer un patient plus urgent. Au mieux, il lui fera un joli pansement et lui donnera un antibiotique et du paracétamol.

Pour les blessures, j’ajoute que :

- « Beaucoup de sang » c’est spectaculaire, mais approximatif : n’oubliez pas qu’une femme saigne tous les mois, un accouchement normal, c’est ½ l de sang (OK, je sais, un peu dilué) et en plus, au Moyen Age (où sont les amateurs de medfan ?) on adorait pratiquer la saignée (et pas une petite).

- Les points de suture sur la peau façon Rambo, sont rarement une question de vie ou de mort, même si c’est impressionnant (Gemmell semble les aimer tout particulièrement).

- La cautérisation ne sauvait les gens que lors des amputations ou pour traiter des plaies infectées et encore, pas trop profondes.

- La seule utilité des pansements est d’arrêter un saignement grave, éviter à la plaie de "trop" s’infecter (donc le pansement doit être « propre » lui aussi) et à titre esthétique (une plaie, c’est moche à regarder dans notre culture post-industrielle).

- Il n’est pas nécessaire de retirer immédiatement toute balle restée dans le corps avec un canif et de l’alcool à brûler. Vous allez créer plus de dégâts qu’il n’y en a déjà. Des tas de gens vivent très bien et très vieux avec une balle restée dans le corps.

- Retirer une flèche n'était pas non plus urgent et nécessitait mûre réflexion. Elles étaient souvent munies de barbelures pour les rendre justement difficiles à enlever. Le risque, si vous aviez survécu à l'impact initial, était plutôt une infection secondaire, même si vous l'aviez enlevée (cf. la mort de Richard Cœur de Lion).

- « Assommer » quelqu’un est une technique des plus imprévisibles : non seulement il n’est pas certain que la personne va perdre connaissance, mais on ne sait pas pour combien de temps, ni si elle va être capable de respirer une fois inconsciente. Enfin, si vous l’assommez pour l’enlever et lui demander une information par la suite (genre un code secret), il n’est pas certain qu’elle sera en état de s’en rappeler à son réveil, voire en général, si vous avez causé des lésions irréversibles à son cerveau.

- Il est exceptionnel pour un adulte de mourir « simplement » de fièvre. En plus, ces situations n’arrivent pas à la suite d’une blessure. La fièvre est une façon naturelle pour l’organisme de combattre les infections (où sont les écolos ?), donc votre brave guérisseuse avec sa décoction d’écorce de saule risque de créer plus de problèmes qu’elle ne va en résoudre.

Enfin, n’oubliez pas que les armes et les techniques de combat étaient soigneusement pensées pour tuer un homme. Un héros qui survit régulièrement à des blessures mortelles, ça ne tient plus la route. Ou alors, c'est un dieu/vampire/loup-garou/mutant etc...

Votre histoire de survie est encore pire si vous partez sur une blessure par balle. Il va falloir définir son calibre, l’arme, la distance, le trajet... Je crois que même Hollywood a arrêté la ficelle, parce que le public US s’y connait quand même en armes à feu et vu la puissance de celles utilisées actuellement, ça devenait vraiment trop invraisemblable.

Bref : soit vous laissez tomber toute prétention de vraisemblance, soit vous utilisez une arme entièrement inventée donnant des blessures entièrement inventées (genre poison), soit vous utilisez des moyens de guérison magiques, soit vous allez devoir affronter cette triste vérité : la réalité, c’est pas de la fiction…

Pour ceux qui veulent y réfléchir utilement, je recommande quelques cours de secourisme. Ça, c’est mon quart d’heure de pub !

http://www.protectioncivile.org/

http://www.croix-rouge.fr/Je-me-forme/Particuliers

http://www.secourisme-pratique.com/pages/assoc/index.htm

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Escrocgriffe 21/03/2014 14:49

Complètement d’accord avec l’article. Le pire, c’est lorsque le héros assomme un personnage secondaire… On a plus de chances de tuer quelqu’un qu’autre chose ! Il n’y a qu’à voir les bagarres de rue qui tournent mal à cause d’un coup porté à la tête...

Alex Evans 21/03/2014 23:02

Je crois que même Hollywood n'utilise plus ce truc, pour dire...