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Fantasy d'ici et d'ailleurs

Sortie de "La Chasseuse de livres" le 12 Mars chez Walrus

5 Mars 2014 , Rédigé par Alex Evans Publié dans #Publications

Sortie de "La Chasseuse de livres" le 12 Mars chez Walrus

Je ne sais pas si c'est une bonne chose de voir tous ses livres sortir en même temps, mais c'est fait. "La Chasseuse de Livres", une novella, va sortir, chez Walrus, cette fois.

Ça fait quand même plaisir de voir que plusieurs éditeurs ont décidé indépendamment que vous étiez relativement publiable. Ouf!

Pour ce nouveau texte, ça parle de quoi? Et bien une mise en bouche ici.

Bref, il y a du steampunk, de la romance, des rebondissements, des méchants à la pelle, une chasse au trésor façon Indiana Jones, et bien sûr, de la magie!

Un nouvel extrait:

J'avais choisi d'approcher les ruines par la Colonne des Lions, un point éloigné de l'entrée principale, où se trouvaient les buvettes et les magasins de souvenirs. Il faisait doux et sec. J'avais laissé la pluie loin au Nord. Malgré l'heure matinale, il y avait déjà quelques guides qui attendaient le client. C'étaient des hommes usés, pauvrement vêtus. Leurs ancêtres avaient bâtie une cité qui avait jadis dominé le Continent. Maintenant, ils n'étaient que quelques miséreux se cramponnant à leurs traditions. Laissant là ces réflexions sur les caprices de la destinée humaine, je me dirigeai vers le plus âgé. Il semblait s'y connaître. Un large symbole de la Voie pendait autour de son cou et un bouquet de boutons d’or était accroché à sa veste. Je m’abstins de lui demander ce qu’il pensait des étrangers qui constituaient son gagne-pain. C'était un vieux roublard, aussi je lui donnai pas d'emblée le but de ma visite et lui fis clairement comprendre qu'une étudiante comme moi ne roulait pas sur l'or.

Nous partîmes d'un bon pas. Il me fit voir les restes de la citadelle, les vestiges de la Maison aux Sirènes et ceux du Temple aux Serpents et me raconta les légendes habituelles qui s’y rapportaient. Bien que ce ne fût pas la première fois que je visitais l'endroit, je ne pouvais m'empêcher de me sentir impressionnée. C'était bien plus spectaculaire que sur les gravures ou les daguerréotypes. Une cité construite par et pour des géants. En effet, elle avait été fondée par des émigrants Atlantes peu avant la fin de leur continent. Ils avaient utilisé pour la bâtir d’énormes blocs de pierre grise. Les marches des escaliers ne faisaient jamais moins de un pied de haut. La moindre venelle était assez large pour laisser passer quatre calèches de front. La porte des plus humbles demeures semblait faite pour que deux hommes s’y croisent sans se toucher, Des arbres poussaient dans certains bâtiments sans en atteindre le plafond voûté.

— Vous venez voir quelque chose en particulier, Mademoiselle ? finit par demander le guide.

— Je voulais examiner un monument ou deux pour ma thèse… La Bibliothèque, La Cité Royale, la Tour Majeure…

— Ah, la Bibliothèque, c'est bon. Mais la Tour et la Cité Royale, c'est dans la zone inexplorée. On ne peut y aller.

— Pourquoi ? C'est interdit ?

Il toucha le symbole sur sa poitrine. Une peur superstitieuse luisait dans ses yeux.

— Hum… c'est dangereux. Il y a des murs qui peuvent s'écrouler et puis c'est un endroit qu'on ne connait pas bien.

— Très bien. Je vais y aller seule. Cependant, je vous ai payé pour la journée. J'aimerais donc que vous m'attendiez ici.

Je vis bien qu'il n'était pas ravi, mais il n'osa pas protester. L'Office du Tourisme était très sourcilleux sur le comportement de ses guides accrédités.

Je sortis mon plan et ma boussole et partis en direction de la Tour Majeure. Je traversai une zone où il y avait encore des murs et des portions de bâtiments gigantesques qui émergeait ça et là, parmi la végétation. J’essayais de m’imaginer à quoi ressemblait cette cité au temps de sa splendeur, lorsque des milliers de pèlerins, mages, artistes et marchands déambulaient dans ses rues. Au détour d’une allée envahie de bruyère, je levai la tête pour découvrir un serpent de basalte affrontant un dragon de porphyre couvert de lierre. Sous un amas de pierres ou un buisson de genêts on pouvait encore deviner un sabot, une patte griffue ou le fragment d’un torse. Une arche de marbre aux arabesques exquises surmontait le pied d’un escalier qui ne menait plus nulle part. Un mur aux mosaïques écaillées encadrait ce qui avait dû être une salle de banquet. Toute à la joie de mon exploration, je m’enfonçais de plus en plus parmi les ruines. Ma progression débusqua quelques petits lézards en train de se chauffer au soleil. J’étais dans mon élément. J’étais heureuse.

Vers midi, je débouchai là où, d’après ma carte, s’élevait la Tour Majeure. Il n’en restait plus qu’un amoncellement de blocs de granit. Si la crypte des Douze était là-dessous, il me faudrait payer une armée de terrassiers pour la dégager. Je m’assis pour un petit pique-nique sur la sculpture d’une tortue géante. Tout en mangeant, je laissai mon regard errer sur les ruines et je savourai la sensation de paix qui s’en dégageait. Des abeilles butinaient les genêts. Des pigeons roucoulaient sur les murs. Je me demandai comment les habitants pouvaient avoir peur de cet endroit et le peupler de fantômes. Cela n’avait aucun sens, conclus-je en finissant de croquer ma pomme. Ensuite, je contournai les blocs de granit puis comptai une vingtaine de pas pour me retrouver à l’endroit où était jadis la rue du Gué. Je la parcourus sur toute sa longueur. D’après le plan, elle partait du pied de la tour, pour aboutir à la place du Phénix, deux cent mètres plus loin, après avoir franchi un ruisseau. Il y avait encore les traces du pont qui avait fini par remplacer le gué, mais le cours d’eau s’était tari depuis longtemps. Il y avait des restes d’habitations de part et d’autre de la rue. Juste avant la place, les vestiges d’une arche de marbre attirèrent mon attention. L’arc central avait disparu, mais les deux montants étaient encore debout. Ils avaient la forme de piliers sur lesquels couraient des tiges d’églantine et de chèvrefeuille entrelacées, une exquise dentelle de pierre d’un style typique du siècle d’Osric. Ces arches décoraient généralement une entrée. J’enjambai les orties, les ronces et les hautes herbes pour m’en approcher. Que pouvait-elle signaler ? L’entrée d’un monument ? La demeure d’un nouveau riche ? Je l’examinai attentivement. Le réalisme des sculptures était extraordinaire. On pouvait voir encore les nervures des feuilles. Les piliers, eux, ne portaient qu’une seule décoration : des heptagones répétés. Le signe des mages. Ce lieu avait quelque chose à voir avec eux. Ces montants ne semblaient pas avoir été accrochés à un mur de pierre. Il n’y avait pas non plus de trace de trous de fixation à du bois. Cependant, cela ressemblait parfaitement à ce qu’on pouvait voir aux entrées des temples, des palais ou des mausolées. Pourquoi les mages de Tourmayeur avaient-ils construit une arche qui ne s’ouvrait sur rien ? Que pouvait-elle indiquer ? Cela me rappela une comptine d’enfant :

Où cette porte peut-elle mener ?

Tout droit, à gauche, à droite,… en bas.

Je regardais sous mes pieds. Frappée d’une illumination, je sortis ma pelle pliante et me mis à creuser frénétiquement le sol.

En fin d’après-midi, je dégageais les contours d’une sorte de couvercle en pierre en forme d’heptagone, large d’environs un mètre. Il y avait un anneau rouillé en son centre. Qu’y avait-il en dessous ? Un puits ? Une citerne ? Une cave ? Une crypte ?

Alors que j’étais accroupie au-dessus, je crus entendre un faible frottement. Du genre que fait une chaussure sur de la pierre. Je m’immobilisai, l’oreille aux aguets. Il ne se passa rien. Les rats des ruines ne venaient pas par là. Me disant que c’était le bruit de quelque animal, je repris le fil de mes pensées : il était au-dessus de mes forces de soulever cette pierre. J’allai devoir revenir le lendemain. Je fis quelques croquis et pris le chemin du retour.

Je dus contourner le groupe de démonstrateurs de la veille pour traverser la rue et rejoindre l’entrée de l’hôtel. Cette fois, ils étaient plus nombreux et plus bruyants. Je montai dans ma chambre, me changeai et descendis au restaurant. Au passage, j’achetai le journal pour me plonger dans les péripéties de la politique locale : un groupe d’exaltés avait tenté de mettre le feu au plus prestigieux palace d’eaux de la ville. C’était celui où ma tante Phryné avait ses habitudes. Je me demandai ce qu’elle pouvait bien en penser. Elle prétendrait l’ignorer sans doute. Mes pensées se tournèrent à nouveau vers mes recherches. Un monument souterrain quel qu’il fut dans la zone inexplorée, c’était suffisant pour écrire un article.

J’étais encore en train de rêver à mes futures publications, lorsque je remontai dans ma chambre après le repas. Je sortis de l’ascenseur en forme de cage à oiseaux et allai m’engager dans le couloir, lorsqu’une silhouette sombre surgit devant moi. Quintus. J’en oubliai immédiatement mes manières :

— Par les Sept Enfers, que faites-vous là ?

À la lumière des bougies, ses yeux verts étaient sombres, presque noirs.

— Vous le savez.

— Je vous manquais ?

— Ce n’est pas impossible. Mais nous savons tous les deux pourquoi je suis là. Il est dommage que j’aie pris autant de retard à vous localiser.

— Pourquoi ? Je n’ai rien trouvé qui mérite votre attention.

Il parut soulagé.

— Comme je vous l’ai dit, repris-je, ce livre n’existe probablement plus.

Il ne répondit pas.

— Et s’il existait ? Que feriez-vous ?

— S’il existait, il ne faut pas qu’il soit retrouvé.

— Mais enfin, comment pouvez-vous dire ça ? Notre spécialité est dédiée à la récupération, la préservation et la traduction de ces ouvrages ! C’est notre raison d’être.

— Il y a des exceptions.

Son expression, celle d’un adulte tentant de raisonner un enfant, ne fit qu’attiser ma colère.

— Je ne suis pas d’accord avec vous ! Qu’il y ait des livres trop dangereux pour exister ! Pour être lus ! Cela défie tout ce en quoi nous croyons. Cela défie la rationalité scientifique… C’est un reste de l’obscurantisme dont nous avons eu tant de mal à nous débarrasser.

— Je sais que vous ne comprenez pas. Je n’en attends pas tant. Mais vous m’obéirez.

— Vous n’avez pas à me donner d’ordres !

Même à ce moment, alors que nous nous affrontions comme deux chiens au-dessus d’un morceau de viande, j’avais une conscience aigue de sa beauté. Des bouffées de son odeur mêlée de tabac me chatouillaient le nez. Le souvenir qu’il avait tenté de me séduire pour me manipuler amplifia ma colère encore d’avantage :

— De toute façon, nous avons déjà déterminé que j'étais stupide. Me mêler de magie est une perte de temps. Et vous ? Etes-vous en train de me laisser faire tout le travail pour finalement empocher le livre et le vendre à votre profit ?

Un instant, j'eus le plaisir de le voir à court de réplique.

— Si jamais je trouve ce fichu bouquin, il ira dans une bibliothèque publique ou privée, mais il sera préservé pour l'Humanité.

Il me saisit par le bras.

— Non.

— Et qu'est-ce que vous allez faire? Me tuer ?

Il m'attira à lui et écrasa ses lèvres sur les miennes. Il me fallut quelques instants pour réagir. Je m'attendais à tout, sauf à ça. Au moment où je reprenais mes esprits, il leva la tête. Je vis passer une expression étrange, presque désespérée sur son visage, mais j'étais trop en colère pour y prêter attention. J'étais folle de rage. Je le giflai à la volée.

Il encaissa sans broncher.

— Cela ne change pas le problème, Cassa.

— Non !

Je tournai les talons avant d'être tentée de le gifler à nouveau. Ou peut-être l'embrasser. Je ne savais pas trop.

Le lendemain, je me levai alors qu’il faisait encore nuit. Avant de me coucher, j'avais soudoyé l'une des femmes de ménage pour savoir où était la chambre de Quintus. Fort heureusement, il était logé de l'autre coté du bâtiment. Cependant, il pouvait également avoir payé le personnel pour m'espionner. Aussi, je n'allais pas sortir par la porte. J'enfilai mes vêtements d'homme et vérifiai mes outils. J'ouvris la fenêtre, enjambai le rebord et me laissai glisser à terre, agrippée à l'une de mes cordes. Je cachai le bout du mieux que je pus et partis d'un pas décidé, à la lumière des becs de gaz.

L'horizon commençait à peine à s'éclaircir quand j'arrivai aux ruines. Malgré l'heure matinale, le petit monde des gens qui en vivaient était déjà là, préparant sa journée. J'allai vers le loueur de montures et lui pris deux mules pour la journée. À son regard horrifié, je compris qu'il ne risquait pas de m'oublier. Dans ma ville, une femme en pantalon lors d'une promenade serait passée inaperçue, mais Tourmayeur était encore trop conservatrice pour ce genre d'extravagance. Je devais trouver vite ce que je cherchais avant d'attirer davantage l’attention. J'atteignis la dalle heptagonale au lever du soleil. J'attachai les deux mules à l'anneau et les fis tirer, tout en me servant du pied de biche comme levier. Au bout de quelques minutes d'effort, j'avais dégagé une ouverture juste assez grande pour m'y glisser. J'allumai ma lampe-torche pour y jeter un coup d'œil. Des marches de granit s'enfonçaient dans les ténèbres. Ce n'était peut-être pas ce que je cherchais, mais c'était intéressant. Je calais soigneusement l'heptagone avec des blocs de pierre. S’il glissait et refermait l’entrée, personne ne viendrait me chercher ici. Peut-être retrouverait-on mon squelette dans quelques siècles. J'attachai aussi les mules, saisis ma mallette et me glissai dans l'ouverture.

L'escalier était couvert d'une épaisse couche de poussière. Il débouchait dans une grande salle heptagonale, également, soutenue par un pilier à chaque angle : les sept piliers de la sagesse. Les murs étaient creusés de niches contenant divers objets. Je m'immobilisai en reconnaissant certains : des cornues de cristal, des pinces d'orichalque, des dents de dragon... Il y avait là l'équipement complet d'un laboratoire ancien de magie. Tout était rangé méthodiquement, en accords avec les principes de l'harmonie hermétique. À la gauche de l’entrée, une quinzaine de livres s’empilaient sur le sol. J'en brossai la poussière et les parcourus fiévreusement : des inventaires d'objets, des recueils de comptes. Le plus récent s'arrêtait une cinquantaine d'années avant la mort d'Escalante. Un trésor. Une découverte inestimable... Trêve de distraction, me dis-je. J'étudierais ça plus tard. J'étais à la recherche d'un autre livre. J’examinai les murs. Dans l'un des angles, s'ouvrait une arche d'ombre. Elle menait à une galerie puis une pièce de la taille de la première où s’ouvrait une autre galerie. Pendant des heures, j'errai ainsi à travers des salles encombrées d'artéfacts. J'étais sans aucun doute dans le laboratoire assemblé par les Douze. Je notais une quinzaine de variétés de pentacles, des recettes de potion, mais pas le moindre livre d'enchantement, ni la moindre tombe. Je finis par une pièce dont le fond était occupé non pas par une arche et une nouvelle galerie, mais un gigantesque athanor, un four d’alchimie. Mon pied glissa sur une irrégularité du sol. Je braquai dessus ma lampe. Sur les dalles, à droite était gravé un dessin en forme de sarcophage. Cela devait indiquer quelque chose. Je m'accroupis pour l'examiner. À l'intérieur du dessin étaient écrits des vers :

… Je hais l’hiver froid, gris et silencieux.

Je recueille toute trace des instants heureux,

Maintenant que ma nuit s’approche à grands pas,

Et le texte s'arrêtait brutalement là. Bien sûr, je connaissais le dernier vers. Je connaissais ce poème par cœur, même si je ne l'aurais avoué à personne. Le poème d'adieu de la princesse Ijrat à l’amour de sa vie. La poésie de ce style était passée de mode depuis longtemps. Trop mièvre. Trop kitsch. Trop d'émotion. Je l'adorais. Je regardais le sol avec attention. Pourquoi le poème s'interrompait-il ?

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Escrocgriffe 07/03/2014 15:59

Et une publication de plus ;) Bravo !

Escrocgriffe 07/03/2014 23:11

Tu m'étonnes ! Tu as bien raison ;)

Alex Evans 07/03/2014 22:46

Merci!
Après, je fais une pause de 2 mois pour souffler avant "Le Baiser du scorpion".